Indonésie: changer le discours par les réseaux sociaux

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À 18 ans, Abdullah Sarwari, un réfugié afghan basé en Indonésie, a créé la page facebook Humans of Refuge. Témoignage. 

 

Humans of Refuge, inspiré par Humans of New York, est une page facebook qui diffuse des photographies et des histoires de personnes réfugiées en Indonésie. Mon idée était de partager de manière authentique la vie d’individu·e·s qui me sont cher·e·s.

 

Originaire d’Afghanistan, je suis moi-même réfugié. Je vis à à Jakarta. J’y fréquente nombre de personnes qui sont dans une situation similaire à la mienne. Ainsi, en quelque sorte, je suis aux premières loges pour raconter leurs luttes quotidiennes.

 

Le pays permet aux personnes réfugié·e·s de rester, mais de manière provisoire, jusqu’à ce qu’elles soient réinstallé·e·s ailleurs. En conséquence, les personnes déplacées comme moi vivent pendant des années dans l’incertitude. Durant toutes ces années, nous n’avons pas le droit d’étudier ou de travailler et, par conséquent, la plupart d’entre nous sont confronté·e·s à d’importants problèmes d’argent.

 

Or, les médias sociaux et plus particulièrement facebook, constituent un moyen très efficace de donner une voix et de partager les opinions des gens. Les réseaux sociaux sont l’outil idéal. Ils sont accessibles à de plus en plus de personnes et ne nécessitent aucune réelle formalité pour partager ses idées.

 

Les enfants et les adolescent·e·s sont les victimes les plus vulnérables de ce cauchemar

 

L’un de mes objectifs est de parler à un large public et en particulier à la génération des
« milleniaux ». Si je ne peux pas éradiquer la « crise des réfugié·e·s », le moins que je puisse faire est d’essayer de changer la perspective de ma génération sur la question. Cette jeune génération m’importe aussi en tant que sujet ; les enfants et les adolescent·e·s sont les victimes les plus vulnérables de ce cauchemar.

 

Malgré le caractère passionnant de ce projet, ma mission n’est jamais facile. Les membres de ma communauté ne sont pas toujours très enclin·e·s à partager leurs expériences. Et je suis loin de posséder les ressources de base. Je n’ai ni appareil photo personnel, ni enregistreur vocal. Surtout, c’est très compliqué pour moi de circuler dans le pays. En Indonésie, les personnes réfugié·e·s ne sont pas autorisé·e·s à se rendre dans d’autres villes que celles dans lesquelles elles vivent. Ma carte de l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) ne me permet de rester qu’à Jakarta et dans ses environs.

 

Pendant longtemps, cette situation délicate m’a fait espérer que des personnes plus chanceuses feraient quelque chose pour nous. J’ai espéré qu’elles nous aident à changer la perception du mot « réfugié·e ». Aujourd’hui, ce mot rime avec « mendiant·e· », « fardeau » ou même « terroriste ». Et il est très pénible de voir comment nous sommes automatiquement affilié·e·s à de tels mots.

 

Au cours des dernières années, je me suis pourtant rendu compte que les journalistes et les photographes qui nous rendent visite disparaissent aussitôt qu’elles et ils ont assez de contenus. Ces personnes ne sont pas là pour aider, mais seulement pour leur propre bénéfice. Beaucoup d’entre nous se sentent utilisé·e·s, mais pas entendu·e·s. C’est très décevant.

 

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Photo Abdullah Sarwari

 

« Aujourd’hui dans la catégorie micro-fashion »

 

 

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Photo Abdullah Sarwari

 

« J’ai commencé à jouer au football il y a 6 ans à Jaghori, Afghanistan, quand j’avais 13 ans. Après mon arrivée en Indonésie, la première chose que j’ai faite a été de chercher des ami·e·s pour continuer à jouer. Je veux devenir un footballeur professionnel. M. Sadegh, mon entraîneur, me fait jouer 2 ou 3 matchs par semaine. »

 

« Ma famille ne connaît pas grand-chose au football mais parce que c’est ma décision, elles et ils la respectent et me soutiennent. Le football est plus qu’un simple jeu … C’est toute ma vie. »

 

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Photo Abdullah Sarwari

 

« Je suis tombé amoureux d’une femme en Irak. Elle m’aimait aussi. Mais il y avait un problème. Elle était chiite et je suis sunnite. La religion est un sujet très sensible et il est rare que mon peuple se marie avec quelqu’un qui ne fait pas partie de la même tribu et de la même secte religieuse que lui. Mais que veux-tu, j’étais amoureux. Je me fichais complètement de sa secte. »

 

« Je m’attendais à ce que cette décision ait des conséquences, mais je ne n’aurais pas cru que ça irait si loin. »

 

« Nous nous sommes marié·e·s, mais pour éviter les problèmes de sa famille élargie, nous avons décidé de ne pas vivre ensemble. Je lui rendais visite deux fois par semaine. Ce n’était pas l’idéal mais au moins nous étions ensemble. Nous avons passé quelques mois comme ça. Mais notre bonheur a été de courte durée. Son oncle a découvert notre mariage. Un jour il est venu à mon magasin accompagné de son fils, qui travaillait pour une milice chiite en Irak, et d’un autre homme. Nous avons eu une discussion brûlante et l’oncle m’a frappé au visage. Je suis tombé et ils ont commencé à me donner des coups de pied dans le ventre. Son fils a ramassé un marteau sur la table voisine et m’a frappé plusieurs fois dans le dos. J’avais l’impression qu’une aiguille transperçait ma moelle épinière, encore et encore. Je me souviens parfaitement de la douleur. Ce sentiment d’agonie est la dernière chose dont je me souviens avant de perdre conscience. »

 

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Photo Abdullah Sarwari

 

« Il y a 6 mois, je ne savais même pas comment lancer correctement une balle, mais aujourd’hui je viens de remporter le prix de Joueuse du mois ! »

 

 

 

Pour suivre de travail d’Abdullah Sarwari, rendez vous sur sa page Facebook.

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  • Abdullah Sarwari

    Abdullah a 18 ans. Réfugié en Indonésie, il est né au Pakistan et a passé la plus grande partie de sa vie en Iran. Sa famille est originaire d'Afghanistan. Aujourd'hui, Abdullah vit à Jakarta où il partage son temps entre son projet photographique Humans of Refuge et son travail au Refugee Learning Center -- une école créée en 2015 par des personnes réfugiées en Indonésie et destinée à leurs pairs. L'école accueillent 140 étudiant·e·s âgés de 5 à 16 ans ainsi que 80 adultes qui prennent exclusivement des cours d'anglais. Les élèves viennent de quatre pays différents : le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran et l'Irak.

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