Le combat de Mohamed 3/4

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Pour connaître toute l’histoire de Mohamed, lisez les épisodes précédents : Naître du mauvais côté de la barrière. Un parcours migratoire, de Bagdad à Bruxelles [Le combat de Mohamed 1/4] et De la Turquie aux côtes grecques [Le combat de Mohamed 2/4]


 

J’ai passé énormément de temps sur Facebook de manière à comprendre ce qui était nécessaire pour faire le grand saut. J’ai lu beaucoup d’articles, de témoignages, d’histoires, de commentaires. Finalement, j’ai dépensé environ $500 pour équiper ma famille avec tout un tas de choses. La plupart de ces objets sont complètement insignifiants. Mais pour celui ou celle qui veut traverser la mer, ils sont fondamentaux. Si le lecteur ou la lectrice doit fuir son pays un jour, de surcroît avec un petit bébé, cela pourrait lui être utile.

 

Un sac à dos. Pour celles et ceux qui effectuent ce voyage en bateau, c’est le seul sac qu’on peut emporter avec soi ; et le seul souvenir de sa vie d’avant. Les passeurs et passeuses n’autorisent pas leurs « client·e·s » à emporter beaucoup plus que cela. De fait, si tout le monde apportait ce qu’il voulait, le bateau serait beaucoup trop lourd et on ne serait pas capable d’embarquer autant de personnes. C’est juste une question de profit.

 

Du Panadol pour bébés. Ce médicament à base de paracétamol est essentiel pour ce genre d’épopée. Au milieu de nulle part, le pire qui puisse arriver, c’est un enfant avec une forte fièvre. Atténuer les risques est essentiel.

 

Un thermomètre. La majeure partie du processus de migration se déroule l’été. Il fait chaud, vos mains sont moites, les enfants transpirent et la fièvre est assez difficile à repérer chez eux sans cet outil. Heureusement, nous n’avons jamais dû faire face à cette situation.

 

Un smartphone. Le meilleur ami de celui ou celle qui entame un voyage migratoire. Ce qu’il faut avoir c’est un appareil léger, rempli de cartes routières. J’ai principalement utilisé deux applications mobiles de cartographie : Sygic et Maps.me.

 

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Photo Inga Padurari

 

Un grand nombre de batteries pour ce téléphone. Un téléphone en panne ne vous aidera pas et, dans une telle situation, il est loin d’être facile de trouver où le charger.

 

De l’argent. Quand il s’agit d’argent, pas facile de prendre les bonnes décisions. C’est un vrai dilemme. D’un côté, vous avez besoin d’argent. De l’autre, vous ne pouvez pas en prendre beaucoup : les vols sont très communs au cours d’un parcours migratoire. Pour éviter cela, ma femme a cousu une poche dans son soutien-gorge pour porter notre argent sur elle en permanence. Lorsque nous avons été arrêté·e·s à l’aéroport de Charleroi en Belgique, un·e agent·e a trouvé l’argent, s’en est étonné·e, et m’a même demandé si nous étions riches. Posent-t-ils ce genre de questions aux vacancier·e·s ou aux hommes et aux femmes d’affaires en transit ? J’en doute.

 

Une poupée. Quand vous êtes en migration, vous êtes tout le temps occupé·e·s. Et puis vous êtes fatigué·e·s, terrifié·e·s, nerveux·ses. Pourtant, les enfants croient être en train de passer de longues vacances avec leur famille et ont donc besoin d’un compagnon pour s’amuser quand les parent·e·s sont à bout.

 

Un porte-bébé. Pour traverser la Méditerranée, prendre des trains, des avions, trouver des hôtels, retrouver votre chemin, vos mains doivent être libres. vous devez pouvoir consulter votre téléphone, ou faire n’importe quoi d’autre. Pendant des jours, j’ai porté ma plus jeune fille dans un porte-bébé. Mais ce n’est vraiment pas l’idéal pour la santé du bébé : cela crée des problèmes de circulation sanguine ainsi que des problèmes de peau.

 

Ce dont vous n’aurez pas besoin : un gilet de sauvetage. Lorsqu’on parle des « migrant·e·s », les gens pensent automatiquement à cet objet. Pourtant, cette chose est une blague. J’en ai acheté un juste pour que ma femme soit moins nerveuse à l’idée de traverser la mer. Mais cela ne lui aurait pas permis de vivre plus d’une heure en mer si elle en avait eu besoin : la température de l’eau ou les vagues l’auraient sans doute tuée.

 

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photo Inga Padurari

 

Texte traduit par Agathe Claude

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  • Mohamed Al Lami

    Mohamed Al Lami est irakien. Il a quitté son pays avec sa femme et ses enfants à cause de la guerre. Aujourd'hui, il vit en Belgique où il espère obtenir l'asile. Mohamed utilise un pseudonyme.

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